MENU

A visiter dans le VAR ” Comme un paquebot posé sur la colline… La villa Noailles à Hyères”

Construite entre 1923 et 1925 sur les hauteurs de Hyères, située à 4 km de la mer, la villa Noailles, est l’une des premières constructions françaises de style moderne. Réalisée au temps des années folles par l’architecte français Robert Mallet-Stevens (1886-1945), pour le compte de Charles vicomte de Noailles et de son épouse Marie-Laure, ce bijou avant-gardiste est représentatif du mouvement rationaliste, avec un intérieur à la fois très lumineux, fontionnel et minimaliste. Au début des années 20, pour réaliser la villa de ses rêves, le vicomte de Noailles va faire appel aux artistes et aux artisans les plus renommés de l’époque. Parmi eux : Louis Barillet pour les vitraux, Eileen Gray et Francis Jourdain pour le mobilier. Gabriel Guévrékian pour le jardin cubiste, Piet Mondrian ou Constantin Brancusi pour les oeuvres d’art. Dans sa correspondance avec l’architecte, Charles de Noailles précise : “Je ne compte plus sacrifier un pouce de fenêtre pour obtenir une façade Louis XVI que pour obtenir une façade moderne et intéressante” (1923).  “Je ne pourrais jamais supporter quoi que ce soit dans cette maison ayant un but seulement architectural et je cherche une maison infiniment pratique et simple, où chaque chose serait combinée du seul point de vue de l’utilité” (1924).  “Je veux le soleil le matin dans les chambres à coucher et le soleil de l’après-midi dans le salon, parce que c’est pour avoir le soleil que j’irai dans cette maison” (1925). Habitée dès janvier 1925, la maison sera agrandie jusqu’en 1933 avec la collaboration de l’architecte local Léon David, pour atteindre 2 000 m2 (contre 500 en 1925) et 60 pièces avec piscine, squash et gymnase privés. Surmontée, comme l’atelier, d’une verrière formant une composition néo plastique de poutres et de panneaux aux plans décalés, c’est également le premier exemple d’une piscine privée couverte en France. Environ la moitié des espaces affectés au service et au logement des domestiques semblent avoir été conçus principalement par Léon David, qui succédera comme maître d’oeuvre à Mallet-Stevens. C’est pour la piscine, que Robert Mallet-Stevens crée, en 1923-1925, le “Fauteuil Transat”, en tube de tôle laquée et toile, qui constitue l’un des tout premiers meubles modernes à structure métallique. En 1925, Georges Bourgeois dit Djo-Bourgeois aménage la salle à manger, puis en 1926 quatre chambres au mobilier intégré et, dans les salles voûtées, un bar coloré ; tandis que Pierre Legrain est chargé d’une chambre. Pour la chambre de la vicomtesse, il livre un lit, tandis qu’Eileen Gray présente un tapis et une desserte, Francis Jourdain une chaise et Léon Domin un fauteuil. Au total, ce “paquebot immobile” disposera de 1800 m2 de superficie, avec pas moins de quinze chambres de 15 m2 équipées chacune d’une salle de bain, d’un dressing, du chauffage central et du téléphone. Sur la colline du vieux château dominant la ville d’Hyères, la villa comporte également un grand jardin méditerranéen planté par le vicomte de Noailles, complété en 1925 par un jardin cubiste de Gabriel Guévrekian.

Ce jardin cubiste, appelé aussi le jardin triangulaire était orné d’une sculpture en bronze de Charles Lipchitz, aujourd’hui conservée au Musée d’Isaräl à Jérusalem. Au sein de leur immense domaine, les époux Noailles, véritables mécènes, accueillent des artistes de renom dont ils soutiennent le travail, tels Alberto Giacometti, Jean Cocteau, Luis Bunuel, Salvador Dali, ou encore Man Ray qui tourna en ce lieu son premier film. Vendue à la municipalité en 1973, la villa, inscrite en 1975 et 1987 aux monuments historiques après une longue période d’abandon et de détérioration, a été restaurée publiquement en plusieurs étapes par les architectes Cécile Briolle, Claude Marro et Jacques Repiquet, pour devenir un centre d’art et d’architecture en 1996 (expositions temporaires d’art contemporain : arts plastiques, architecture, design, photo ou mode). Elle est ouverte au public depuis 1989. Aujourd’hui dirigée par Jean-Pierre Blanc, la Villa Noailles perpétue sa tradition d’avant-garde car elle est le seul centre d’art en France qui construit sa programmation autour de l’architecture (exposition en février), la mode et la photographie (Festival international de mode et de photographie), et le design (Design-Parade à Hyères et Toulon). Son originalité, la qualité de sa programmation et son rayonnement local, national et international lui ont valu le label “Centre d’art d’intérêt national”.

Laisser un commentaire